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 [Nouvelle] Sur la plage, abandonné

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gracieuse

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MessageSujet: [Nouvelle] Sur la plage, abandonné   Jeu 14 Avr - 6:12

Doris s’arrête sur la corniche. Elle a le cœur lourd. Cet endroit lui rappelle tant de souvenirs. Elle réprime un sanglot. Son fils Matthieu est dans la voiture, au téléphone. Son instinct de mère reprend le dessus, elle aurait dû lui interdire d’emmener cet appareil, il y sera toujours suspendu. Elle n’aurait jamais dû autoriser sa mère à lui en offrir un. Mais il a tant insisté comme elle lui avait dit. Et puis elle n’avait qu’un petit-fils, elle pouvait bien le gâter. Doris avait pris cette dernière parole comme un reproche à peine dissimulé. Elle s’était tue et avait changé de conversation. Elle avait entendu sa mère lui parler ainsi mille fois. Elle était jeune et belle, pourquoi elle n’acceptait pas d’homme dans sa vie ? A cause de Matthieu ? Il était maintenant âgé de dix-huit ans, il allait faire ses études à Paris, il n’avait plus autant besoin de sa mère. Elle regarde l’océan en laissant le vent fouetter ses cheveux. S’il pouvait balayer un peu aussi ses pensées et nettoyer sa tête, elle lui en serait très reconnaissante. Elle demanda à son fils s’il voulait descendre regarder le paysage, il lui fit signe que non, il était toujours au téléphone.

_ Ca fait au moins vingt minutes, tu abuses !

Il lui fit un signe pour lui montrer qu’il avait bientôt fini. Elle démarra la voiture et descendit le chemin vers l’appartement qu’elle avait loué pour trois semaines. A Sète, là où elle avait connu son premier grand amour. Celui qui lui avait donné Matthieu. Après ne plus lui avoir donné aucune nouvelle. Elle avait gardé l’enfant parce qu’elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas l’oublier, il était ce qu’il restait de ces vacances merveilleuses. Elle n’avait jamais dit à personne qui était le père de Matthieu. Elle n’avait pas cherché non plus à lui trouver un père de substitution. Ils s’étaient débrouillés seuls. Elle avait eu des difficultés à l’élever seule, mais elle avait toujours trouvé une solution ou une personne pour la dépanner. Dans le village où ils vivent, il se trouve toujours quelqu’un pour les aider.


Elle trouva la rue sans grande difficulté, elle connaissait bien le quartier, c’était là que sa tante avait vécu durant vingt ans. Elle avait juste refusé d’y revenir après cet été, car cela lui était trop douloureux. Puis la douleur s’était estompée, elle avait donné naissance à un magnifique petit garçon qu’elle avait prénommé Matthieu. Elle n’avait ensuite plus eu le temps de penser à lui ou le regretter. Peu à peu, Matthieu était devenu son petit homme. Ils formaient un couple à leur manière, le fils et la mère, chacun protégeant l’autre. Il lui avait posé des questions sur son père, elle était restée évasive au début, en lui disant qu’il était parti au loin, sans entrer plus dans les détails. Quand il était plus grand, elle lui avait dit qu’elle ne savait pas où son père était, qu’elle n’en n’avait plus de nouvelles depuis très longtemps. Il s’était contenté de hausser les épaules en lui disant qu’il ne savait pas ce qu’il manquait. C’était ce qu’elle aimait chez son fils. Avec lui, rien n’était grave. Enfin pour cette fois-là, parce qu’il avait cette attitude pour tout, ses études, des délais à respecter… Ce qui leur valait beaucoup de disputes parfois.

_ Nous sommes arrivés ! Mat ! Tu lâches ce truc ?


Elle refréna l’envie de jeter son téléphone sur le trottoir et le piétiner. Il le rangea rapidement comme s’il avait deviné les pensées de sa mère. Il la prit par les épaules, ils entrèrent chez la dame qui leur louait l’appartement juste au-dessus de chez elle. Elle leur fit visiter en les regardant d’un air peu approbateur croyant qu’ils étaient un couple. Mat adorait faire croire aux gens qu’il se tapait une vieille comme il disait. Sa mère était une belle femme de quarante ans, qui s’entretenait par de la gymnastique régulière et des séances de tennis assez intensives. Elle en paraissait dix de moins. Ce qui le faisait aussi rager quand il entendait ses copains parler de sa mère. Certains auraient bien goûté au fruit défendu, mais ils craignaient de rendre des comptes au fils, ceinture noire de judo, et pas commode quand il s’agissait de sa mère.


Après avoir monté les bagages, ils étaient allés se promener dans la ville, le centre, piétonnier, où se dressaient différents magasins. Le ciel était bleu limpide, ils appréciaient de se promener à bras nus. Doris avait passé une robe en coton légère, qui battait sur ses jambes musclées, attirant le regard des hommes. Matthieu avait quelques difficultés à ne pas les menacer. Il voulait protéger sa mère de ces malotrus qui ne voulaient qu’une chose. Il le savait, il était aussi un homme, et il regardait les filles pour les mêmes raisons. Il mit son bras sur son épaule, jaloux. Ils se promenèrent un bon moment, en se dirigeant tout doucement vers la plage. Doris avançait vers l’endroit où ils se retrouvaient toujours dix-huit ans plus tôt, son amour et elle. Elle sentait que ses chaussures pesaient plus lourd, que ses pieds tournaient pour faire demi-tour. Elle voulait s’enfuir. Loin. Mais elle avait décidé de parler, aujourd’hui, de tout dire à son fils. Tant pis si cela faisait mal, tant pis s’il serait en colère après elle, il avait besoin de savoir. Lorsqu’ils passèrent devant l’endroit où elle retrouvait son père chaque jour, elle s’arrêta, le cœur lourd, et demanda à son fils de s’arrêter aussi, il fallait qu’ils discutent. Il la regarda, surpris, attendant qu’elle lui explique l’objet de cette morosité subite.
_ C’est ici que tu as été conçu, mon fils
_ Maman, je t’en prie ! Je ne veux pas de détails !
_ Il faut que tu saches, je ne t’ai pas tout dit
_ Ca, je sais, mais, si je ne t’ai rien demandé, c’est parce que je ne voulais pas savoir non plus.
_ Mat, laisse-moi parler, je te prie.
_ Maman, c’est du passé, il n’a pas voulu de moi, je ne veux pas de lui non plus, basta.
_ Il n’a pas voulu de toi parce que je ne lui ai rien dit.
_ Quoi ?


Elle lui expliqua tout, son départ, ce jeudi matin, par le train. Leurs adieux la veille, éplorés tous les deux, se promettant de se revoir, et puis, rien. Elle n’avait plus eu de nouvelles. Il avait tout, son numéro de téléphone, son adresse, mais n’avait jamais repris contact avec elle. Il lui avait laissé un petit cadeau, mais elle ne le savait pas encore.


Ils avaient mangé dans un restaurant qu’ils avaient trouvé sur la route, continuant à discuter sur ce passé dont Matthieu ne savait rien. Au début, il était hésitant, préférant continuer à tout ignorer sur son père, mais il lui avait posé des questions sur leur rencontre, ce qu’ils avaient partagé, si vraiment ils s’étaient aimés. Doris lui avait tout expliqué, leur rencontre au musée Brassens, leur pèlerinage sur sa tombe, puis ils ne s’étaient plus quittés. Ils aimaient tous les deux la musique, ils avaient passé des heures à se promener sur la plage, à discuter musique, chansons, à se remémorer les mélodies des chansons du Maître, comme ils disaient. Il était un peu poète lui aussi, il lui avait écrit des poèmes, qu’elle avait gardés jusqu’à ce jour. Elle les montrerait à Matthieu à leur retour s’il le souhaitait.

Surpris, il lui avait demandé si elle l’aimait encore, elle avait rougi, comme une collégienne en lui disant qu’elle aimait le souvenir, mais pas l’homme. Quand elle était rentrée à Gron, en Berry, elle avait tenté d’oublier son amour. Elle avait attendu en vain un appel ou une lettre, mais elle s’était fait une raison le mois révolu. Puis elle était repartie à la faculté où elle étudiait les lettres. Son cycle féminin ne revenait pas, mais elle avait des nausées. Elle était allée voir l’infirmière du campus pour lui demander quoi faire. Elle avait déjà fait un test de grossesse, positif. Elle avait confirmé la nouvelle par une visite chez le docteur et une prise de sang. Elle était bel et bien enceinte. Pour une dernière nuit passée dans les bras de son amour, emportés par la passion, elle n’avait pas pris de précaution puis l’avait oublié avec les préparatifs du voyage. Elle avait expliqué depuis longtemps à son fils le fonctionnement de la contraception féminine, et surtout le fonctionnement d’un préservatif, seul moyen indispensable de s’affranchir de tout souci. A cette époque, son usage n’était pas systématique, elle utilisait la pilule, mais elle l’avait oubliée.


Elle avait annoncé la nouvelle à sa mère qui l’avait assaillie de questions sur le père, allait-il prendre ses responsabilités, allait-elle se marier, comment allait-elle faire avec ses études, et toutes ces questions pratiques. Doris ne savait pas. Elle était sous le coup de la nouvelle, elle avait ensuite commencé à préparer et planifier le reste. Sa mère lui avait proposé de garder le bébé pendant qu’elle continuerait ses cours. Elle était presqu’à la fin de sa maîtrise, elle allait pouvoir ensuite tenter le concours de l’IUFM. Elle devait aussi s’occuper de sa carrière, surtout si elle était maman. Doris avait expliqué l’aide de ses parents durant les premières années de la vie de Matthieu. Elle avait demandé un poste dans le Berry, qu’elle avait obtenu sans trop de mal, et était restée auprès de ses parents pour que Matthieu grandisse dans une famille, son père lui servant à la fois de grand-père et de père. La discussion s’était poursuivie du restaurant au retour sur la route vers l’appartement. Ils s’étaient souhaité une bonne nuit, puis, le lendemain, en allant vers la plage, Matthieu lui avait posé d’autres questions auxquelles Doris avait répondu. Il semblait heureux qu’elle lui raconte tout.

_ Je ne veux pas que tu lui en veuille. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais il ne savait pas pour toi.
_ Je sais Maman, mais moi, je ne me comporte pas comme ça avec les filles.
_ Je l’espère mon fils, je ne t’ai pas élevé ainsi.

Ils marchent à nouveau sur la plage. Ils sont proches du refuge que Doris partageait avec son amoureux.
_ Et au fait, Maman, tu ne m’as pas dit comment il s’appelait.
_ Hugues.
_ Sérieux ?

Matthieu pouffe de rire. Il s’exclama qu’heureusement que sa mère ne l’avait pas appelé ainsi, il aurait eu la honte à l’école. Elle sourit.

_ Il y eut des Hugues célèbres tu sais.

Elle s’arrêta net, bloquée par une image. Un homme, ressemblant très fort à Matthieu était assis contre un rocher. Il écrivait. Matthieu regarda l’homme bouche bée.


Il était le portrait craché de Matthieu, en plus vieux. Doris n’en croyait pas ses yeux. Hugues était là, devant elle, il avait à peine changé. Il la regardait, ébahi de voir son portrait à l’âge où ils s’étaient connus. Il ne parlait pas. Doris craignait sa réaction, il allait apprendre qu’il était père. Elle le regarda, la larme à l’œil, émue d’avoir retrouvé son amour de jeunesse. Il semblait aussi heureux de la voir. Un dialogue muet s’était instauré entre eux. Les gestes hésitants, les yeux pétillants, les sourires. Matthieu les laissa se retrouver, il s’éloigna un peu. Il reviendrait plus tard. Doris le regarda toujours, elle n’osait pas se rapprocher ou parler, de peur de briser l’instant magique. Elle ne voyait que lui, se retrouva projetée dix-huit ans plus tôt, en ce lieu, là où ils partageaient leurs moments d’intimité. Il se rapprocha et ouvrit la bouche :
_ Tu es toujours aussi belle

Elle lui sourit, n’osa pas lui répondre. Elle avait tant de questions à lui poser, mais en même temps, voulait-elle connaître les réponses ? Elle le regardait toujours, en souriant :

_ Tu as perdu ta langue ?
_ Non, mais je ne sais pas quoi dire
_ Tu étais bien plus bavarde avant ! »

Ils riaient. Il la prit dans ses bras spontanément. Elle retrouva cette chaleur qu’il avait toujours, surprise de voir qu’il avait si peu changé durant toutes ces années.
_ Alors, raconte, qu’es-tu devenue ? Tu es mariée ? Tu vis où ? Tu fais quoi maintenant ?
_ eh bien euh… non, je ne suis pas mariée, je vis dans le centre, et je suis … et là, tu as vu mmm… mon fils, Matthieu. Je voudrais te le présenter.

Elle appela son fils.

_ Matthieu, je te présente Hugues, un jeune homme que j’ai connu il y a très longtemps. Elle regarda à nouveau Hugues, souriante, parle-moi de toi !
_ Je suis divorcé, deux fois. Je vis à Frontignan, je suis tombé amoureux de la région et dès que j’en ai eu l’opportunité, je suis venu m’installer ici. Je suis professeur de français, et durant mes loisirs, professeur de plongée sous-marine.

Ils s’enlacèrent à nouveau, heureux de s’être retrouvés, heureux d’être tous deux libres. Matthieu repartit discrètement. Il les laissa un peu se retrouver. Puis ils avancèrent vers lui. Ils discutèrent un peu, de tout et de rien, de la région, de ce qu’il y avait à faire en ce moment, de la plage. Hugues expliqua à Matthieu ses cours de plongée sous-marine, il lui proposa de se joindre à lui la prochaine fois qu’il ira. Matthieu accepta avec grand plaisir, sans même regarder Doris. Elle était invitée aussi, bien entendu, la rassura Hugues. Elle le regardait, il n’avait pas changé dans le fond, il était le même que celui qu’elle avait connu dix-huit ans plus tôt. Le soleil commençait à descendre dans le ciel. Ils se quittèrent. Hugues viendrait la chercher dans une heure, le temps qu’ils se préparent. Matthieu rit, il lui en faudrait bien plus. Elle lui mit une tape, puis prit congé de Hugues, dans une heure, ce sera parfait. Sur le trajet du retour, Matthieu lui demanda. C’était bien son père ? Elle lui répondit que oui, il était son portrait tout craché. Elle avait oublié qu’il lui ressemblait tant. Elle garda le silence sur la route, réfléchissant à la manière dont elle allait lui présenter sa paternité.



Dans la salle de bain, elle prit une douche, longue. Elle se frictionna la tête, comme si cela allait lui activer des neurones dans le cerveau qui lui insuffleraient des bonnes idées pour lui annoncer qu’il était le père de Matthieu sans trop le choquer. Elle se maquilla, légèrement, et se sécha les cheveux. Elle alla choisir une tenue, qu’elle voulait jolie mais sobre. Elle ne voulait pas qu’il y ait de malentendu entre eux. Ils allaient dîner comme deux vieux amis qui ne se s’étaient pas vu depuis des années, rien de plus. Matthieu était devant la télévision, il zappait d’une chaîne à l’autre. Il avait l’air de s’ennuyer.
_ Qu’est-ce que tu vas faire ce soir, toi ?
_ Ben comme j’ai pas été invité, je vais manger seul, puis j’en sais rien
_ Tu veux des sous pour aller à la salle de jeux vidéo ?
_ Ouais, ça sera toujours mieux que de rester ici à rien faire. Y’a rien à la télé, comme d’hab. Puis jouer seul à la PSP, ça me branche pas.

Elle fouilla dans son porte-monnaie, en sortit un billet de vingt euros. Il la regarda, étonné.
_ C’est tout ?
_ Ne me dis pas que tu as besoin de plus ?
_ Ben si je veux passer une bonne soirée…
_ Tu t’appliqueras à mieux jouer pour faire durer tes parties, c’est tout ce qu’il me reste.
_ Y’a un distributeur en bas.
_ Oui, mais il ne me régénère pas ce qu’il reste sur le compte. C’est bien suffisant pour ta soirée.

Il prit l’argent, s’il discutait encore, elle allait le lui reprendre. La sonnette retentit, Hugues était là. Il venait chercher sa mère.
_ Tu me la ramènes avant minuit hein ! »


Au restaurant, Hugues était très prévenant, il commanda deux coupes de champagne pour fêter leurs retrouvailles. Il était très heureux de la revoir. Il lui demanda si elle était revenue dans la région depuis la dernière fois. Elle lui répondit évasivement, que non, elle n’avait plus pu. Elle lui expliqua qu’elle a élevé Matthieu seule, avec l’aide de ses parents, mais qu’elle préférait le laisser partir en vacances ou en colonie seul. Elle donnait des cours de français durant l’été pour arrondir ses fins de mois.
_ J’ai toujours voulu qu’il ait le meilleur. Tu sais qu’il est parmi les premiers de sa classe ? C’est un élève brillant. Un peu paresseux, mais très intelligent. Après son bac, il pourra aller en hypokhâgne s’il le souhaite.
_ Il a déjà décidé ?
_ Non, il est encore jeune dans sa tête, il préfère aller jouer avec ses copains. Il sait que maman est derrière. Elle s’occupe de tout.

Le serveur venait leur apporter les entrées. Elle triturait le contenu son assiette, elle avait l’estomac noué. Elle savait bien que cela ne passerait pas tant qu’elle n’aurait pas parlé. Il la regarda, étonné

_ Il y a un problème avec ton plat ?
_ Non, c’est que…
_ Tu fais un régime ? Tu veux qu’on demande autre chose ?
_ Hugues, j’ai quelque chose à t’avouer
_ Je t’écoute, Doris, j’attendais que tu m’en parles

Elle lui dévida toute l’histoire, son départ, sa grossesse, l’aide de ses parents. Elle n’avait pas cherché à le retrouver, elle n’avait même pas son nom de famille. Elle avait préféré s’occuper de son fils, seule. Il lui prit la main, confus, désolé.

_ Si j’avais su, Doris… J’ai perdu ton adresse comme une andouille, et je m’en suis aperçu bien plus tard, bien sûr. Je repartais, j’ai pas cherché plus à la retrouver, j’avais autre chose en tête.
_ J’ai un fils de 18 ans, ne t’inquiète pas, je sais ce qu’il se passe dans la tête d’un garçon. Ne t’inquiète pas, je ne te reproche rien.
_ J’ai cherché à te retrouver l’été suivant, j’ai écumé tout Sète, j’étais retourné voir ta tante, mais j’ai été très mal reçu, je n’ai plus osé revenir après.

Elle fait la grimace, elle ne savait pas que sa tante l’avait revu, elle ne lui avait jamais rien dit. Elle était assez radicale dans sa manière de penser, pour elle, il n’avait rien à dire ni à faire, elle avait décidé pour Doris. Elle lui caressa la main à son tour.
_ Ce n’est rien, il n’est plus temps de regretter maintenant.
_ Et Matthieu, il le sait ?


Doris éclata de rire :
_ vu votre ressemblance, oui, il s’en est douté ! En plus, j’étais revenue ici pour lui parler, tout lui avouer. La partie qui n’était pas prévue au programme, c’était que tu te trouves à l’endroit même où nous venions tout le temps ensemble.
_ Doris, j’en ai fait mon lieu de pèlerinage. Tu as été mon premier amour, celui que je ne voulais jamais oublier.

Elle rougit. Pour masquer son trouble, elle but un verre. Elle se disait en avalant la gorgée que vu son taux de tolérance à l’alcool, elle n’améliorait pas la probabilité d’être moins troublée, mais au moins, elle serait plus gaie.



Le lendemain, Hugues vint sonner assez tôt à leur appartement, ils allaient découvrir les fonds marins de la région. Il avait raccompagné Doris vers onze heures en soirée. La journée avait été assez riche en émotions, ils avaient décidé de laisser une bonne nuit passer sur tout ça, et de se revoir le lendemain pour parler de tout cela. Ils partirent dans la même voiture, ils allaient utiliser le bateau de Hugues qui se trouvait à la marina de Sète. Ils louèrent des équipements pour la journée. Doris n’eut pas eu le temps de préparer des sandwiches et de prendre le nécessaire pour partir en mer. Hugues la rassura, il avait pris deux glacières qui contenaient tout ce qu’il fallait. Il sourit en leur disant que peut-être, ils allaient ramener de quoi manger le soir. Doris resta un peu en retrait. Matthieu et Hugues discutèrent beaucoup ensemble, de plongée. Hugues lui raconta ses meilleurs coups. Il est allé plonger dans la Caraïbe, un endroit merveilleux pour tout voir. Il lui raconta qu’il allait pêcher des langoustes grandes comme son bras qu’il mangeait le soir. Il était allé aussi dans d’autres mers, très belles. Le mois prochain, il avait un voyage prévu en Corse, où il était le moniteur. Matthieu avait la bouche grande ouverte. Il n’osait pas dire qu’il l’aurait bien accompagné. Doris pouvait lire dans ses pensées à cet instant. Hugues regarda Doris en lui disant qu’il restait des places, s’ils souhaitaient se joindre à eux. Elle secoua la tête négativement.
_ Je rentre pour préparer l’année et mes cours, je vais avoir des nouvelles classes, elle se tourne vers Matthieu, mais toi, tu as tout le mois devant toi. Si tu veux, tu peux partir avec Hugues, nous en reparlerons

Il manqua de lui sauter au coup, mais dans un geste viril de garçon qui veut devenir un homme, il la remercia en l’embrassant sur la joue. Elle alla nager un peu plus loin dans la mer, seule, elle voulait les laisser discuter un peu entre hommes. Elle aimait aussi ces moments seule. Hugues avait bien compris son éloignement. Il en profita pour parler à Matthieu.

_ Je crois que tu n’es pas sans savoir que tu es mon fils. Hum… biologique pour l’instant. Enfin, euh… Je veux dire que je ne t’ai pas élevé, je ne savais même pas que tu existais. J’étais jeune, je suis tombé amoureux de ta mère durant cet été. Nous avons passé tout notre temps ensemble. Au moment de partir, elle m’a donné son adresse et son numéro de téléphone. Elle voulait qu’on reste en contact. Moi aussi je le voulais, mais j’ai perdu le papier. J’ai tenté de la retrouver, mais je n’ai pas réussi. Puis la vie a continué, j’ai eu mon diplôme, j’ai rencontré une femme, je me suis marié… J’ai divorcé. J’ai retenté le coup, en me disant que ce n’était pas la bonne femme, mais au deuxième divorce, je me suis dit que je ne suis pas fait pour les femmes.
_ Mais t’es avec un homme alors ? lui demande Matthieu, horrifié
_ Non, je ne suis avec personne. J’aime ma tranquillité et je crois que maintenant, je vais rester seul comme ça. Par contre, il y a bien de la place pour mon fils.
_ Ben c’est cool, on va pouvoir faire connaissance alors, surtout si je viens en Corse avec toi.
_ Oui, on aura tout le temps maintenant.
_ Mais euh… Et ma mère ?
_ Quoi ta mère ?
_ Ben qu’est-ce que tu veux faire avec elle ?
_ Je n’en ai aucune idée pour l’instant, on va laisser le temps faire son travail.
- Joue pas avec elle, elle le mérite pas
- Je sais


Doris réfléchissait, elle était contente de voir comme Hugues avait réagi. Elle avait peur qu’il ne prenne la fuite, mais il semblait décidé à faire la connaissance de Matthieu. Elle respirait. Elle se retourna vers le bateau et les vit avec enchantement discuter ensemble, accoudés sur la balustrade.

_ Maman, je vais à la plage avec Hugues.


Elle leva un sourcil quand elle l’entendit, mais ne dit mot. Elle était heureuse qu’il cherche à mieux connaître son père. Elle savait que malgré ce qu’il lui avait dit, il avait besoin de le connaître, d’échanger avec lui, pour retrouver ses racines, ou même comprendre pourquoi la vie les avait séparés. Elle était ravie d’apprendre que Hugues soit aussi disponible pour son fils. Entre eux deux, rien n’avait changé encore, ils continuaient à se voir régulièrement, quand il venait chercher Matthieu. Ils discutaient agréablement, mais elle ne faisait aucun premier pas pour se rapprocher de lui. Elle ne voulait pas de relation à distance. Elle décida d’aller à la plage, et peut être se promener dans la ville. Elle rentra le soir, éreintée, elle avait nagé toute la journée, et rencontré une femme qui lui a proposé de se joindre à elle lors de randonnées. Elle avait accepté, elles s’étaient sont donné rendez-vous dès le lendemain pour une première randonné de mise en appétit. Matthieu arriva un peu plus tard, elle sommeillait à moitié devant la télévision, il ne tarissait pas d’éloges à l’encontre de Hugues. Il lui raconta toute leur journée, il lui expliquait aussi qu’ils avaient les mêmes goûts. Il avait fait du judo pendant pas mal d’années et s’était intéressé à d’autres sports dans le même genre. Il annonça à se mère qu’il l’avait invité à dîner. Doris eut une moue de dépit, en lui disant qu’il aurait pu la prévenir. Elle ouvrit le frigidaire et décida d’aller chercher des plats à emporter au petit restaurant du coin de la rue. Matthieu, pour se faire pardonner, alla les chercher lui-même. Hugues arriva alors qu’elle mettait la table. Elle avait réussi à dénicher une nappe et des verres au petit supermarché du quartier. Il l’embrassa franchement sur les deux joues, comme deux amis. Elle aurait espéré autre chose, même si elle savait que c’était mieux ainsi. Ils discutèrent un peu de Matthieu en l’attendant. Il était ravi de le connaître et aimerait passer plus de temps avec lui. Elle ne répondit pas, c’était à Matthieu de décider maintenant.


Le jour du départ était arrivé. Les vacances étaient passées très vite. La veille, ils avaient organisé un grand repas au restaurant pour fêter le départ de Doris. Elle avait rencontré beaucoup de monde, elle reviendrait dès que possible en vacances à Sète. Doris avait le cœur lourd, mais pour d’autres raisons maintenant. Hugues et elle échangèrent leurs adresses. Il avait décidé de rester un peu avec lui, en attendant leur voyage en Corse. Doris était triste de laisser son fils seul. Elle savait qu’il est entre de bonnes mains, mais elle le voyait prendre son indépendance plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Il avait gagné un père. Elle se demanda si son été à elle se terminerait aussi bien.
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Olin Alcius
Invité



MessageSujet: Une histoire drôle et intéressante   Mer 11 Mai - 23:56

Je constate c'est une histoire longue, mais quelques parts qui a une leçon extraordinaire à tous les parents qui négligent de mettre leurs enfants clair sur certains sujets qui, concernés l'existence de l'enfant en soi.
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[Nouvelle] Sur la plage, abandonné
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