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 Le drapeau vert flotte sur la marmite

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gracieuse

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Date d'inscription : 13/04/2016
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MessageSujet: Le drapeau vert flotte sur la marmite   Mer 21 Déc - 12:27

Je sors des toilettes pour la troisième fois depuis trente-quatre minutes. J'attrape le téléphone, je reprends ma respiration comme je peux, le temps de composer son numéro de téléphone. La seule personne aux alentours qui peut venir me voir rapidement.
— C’est moi. Je suis malade, tu peux passer à la maison ?
— Qu'est-ce que t'as ? me demande-t-elle.
— J'ai vomi. Deux fois et j'ai la diarrhée.
— T'as une gastro ?
— Je sais pas. Je suis sous traitement pour ma dent. Je prends des antibiotiques et ça allait très bien ce matin.
— T'as désinfecté les toilettes ?
— Oui maman, mais c'est pas le sujet, là. J'aimerais aller chez le doc avant vingt heures.
— Oui mais il ne faut pas que tes hommes soient malades, tu comprends ? T'as rendez-vous à quelle heure que je me prépare ?
— Maintenant. Alors viens, sinon ce sera fermé et là, j'en peux plus.
— D'accord, j'arrive. Mais tu sais que je n'aime pas conduire dans le noir.
— Je sais Maman. Dépêche-toi, par pitié.
Comment expliquer à ma mère qu'on ne prend pas de rendez-vous au centre médical de garde un samedi ? J'y ai renoncé. Elle habite dans le pâté de maison voisin, elle va arriver à pied. Je n'ai pas la force d'aller la chercher chez elle, mais je ne me sens pas assez téméraire pour m'y rendre seule. Je réussis à la convaincre de conduire jusqu'au centre. Il est dix-sept heures, ça va aller. Même elle peut y arriver. Je suis au bord du malaise tellement je suis faible. J’ai posé ma tête contre l’appui-tête, sans regarder la route. Mes nausées reviennent au galop. J'ai envie de m'achever en me tapant la tête contre le pare-brise en entendant ses jérémiades. Les phares, les gens roulent trop près d’elle, il la frôlent de l’autre côté, que de chauffards ici… Puis la nuit, c’est pire, elle est éblouie. Plus que deux kilomètres, je suis forte, je n'entends rien, je pense à ma... Dent qui me lance à nouveau. Victoire, je l'ai oubliée. Ma mère.

On arrive dans la salle d'attente. Trois familles sont déjà là. Toutes les chaises sont prises sauf une. Ma mère va s'y asseoir. Elle pose son petit sac sur ses genoux et attend, bien sagement, droite contre le dossier, que j'aille me présenter à la secrétaire. Je me déplace doucement, craignant à chaque pas de tomber dans les pommes. Un rapide coup d'œil m'a montré que personne ne saura me relever. Je pèse ma bonne centaine de kilos tout de même. Ça ne passera pas. Si je tombe, je ne serais pas relevée avant un bon moment. Agrippée au comptoir, j'énumère les infos nécessaires à la secrétaire qui les saisit professionnellement. Lorsque je reviens vers ma mère, elle se lève en me disant :
— Tu veux peut-être t'asseoir ?
Oui et je veux étrangler ce bébé qui hurle à nous vriller les tympans. Je comprends qu'il souffre mais il n'est pas le seul et les parents pourraient avoir pitié de nous en l'emmenant hurler ailleurs. Et cette gamine qui rit un peu trop fort en jouant. Sa mère lui intime d'être plus discrète mais le père répond :
— Elle rit, c'est bien pas bien grave !
Oh si c'est grave. Ça me tape sur le système nerveux. Le digestif est déjà dans un sale état, si tu pouvais épargner l'autre, ce serait sympa, monsieur le papa. Toi, tu as l'habitude d'entendre ta gamine rire et tu aimes ça. Moi non. D'ordinaire, j'aurais trouvé ça mignon. Mais ce jour, aujourd'hui, oui, maintenant tout de suite, j'ai envie de la prendre pour taper sur le bébé tellement j'en peux plus et que je voudrais attendre mon tour dans le calme. Je n'en ai pas le temps car je me lève, poussée par un spasme au ventre. Ca sent mauvais, cette réaction. Enfin pas encore mais si je veux garder l'intégrité physique de mes sous-vêtements, j'ai intérêt à me lever fissa. Je vais aux toilettes vider mes intestins. Mon estomac a décidé d'en faire autant. En même temps. Je sens le liquide chaud sortir de ma gorge pendant que j'halète bruyamment entre deux hoquets.

— Ca va ? me demande ma mère quand je reviens dans la salle d’attente.
— Non ça ne va pas. J'ai été malade dans les toilettes.
Ma mère va demander le nécessaire de nettoyage à la secrétaire qui s'excuse de ne rien avoir. Est-ce que je vais me réveiller maintenant ? On peut me pincer ? Ah non, c'est pas fini.
— Bon, il va falloir que tu ramasses avec des serviettes en papier alors.
— Que je ramasse ?
— Ben oui, tu sais bien que ça me rend malade. On ne peut pas être deux à être malades. T'as désinfecté la cuvette ?
— Euh non...
— Ah, t'as mangé de la soupe en plus. C'est pas pratique à ramasser.
— J'ai mangé ce que j'ai pu, maman, dis-je, à quatre pattes, tentant d'éponger comme je peux ce liquide nauséabond, tournant la tête sur le côté entre deux absorptions.
— Oui mais ne t'inquiète pas, c'est pas grave, ça arrive. Tu veux encore des serviettes ? C'est vrai que c'est liquide, il y en a partout. Attends, je vais t'en redonner.
— Même sur mes chaussures et mon manteau, j'ai eu du mal à viser.
— Je vais aérer un peu parce que ça sent mauvais et je ne me sens pas bien. J'ai peut-être attrapé ton truc.

Les cinq litres déversés par mon estomac de cette soupe de légumes de deux cent cinquante millilitres sont épongés tant bien que mal pendant que ma mère me répète que ce n'est pas grave et que ça arrive pour la cinquième fois. La secrétaire est courageusement restée calfeutrée derrière son bureau. Le bébé est parti, ouf. Le mien de bébé, il a maintenant dix-huit ans et il est parti en week-end avec sa copine du moment. Il ne m’aurait pas plus aidée, d’ailleurs, mais il aurait su me relever, lui.
— Et ton mari? Pourquoi il n'est avec toi ?
— Parce qu'il est à une convention aujourd'hui.
— Il ne pouvait pas rentrer? J'aime pas conduire la nuit.
— Il est à deux heures de route d’ici et c'est lui qui m'a dit d'appeler le médecin de garde. Je voulais attendre lundi pour voir le mien.
— A-t-on idée ! C'est malin de vouloir faire la grande ! Et t'aurais fait quoi? Hum ?
— Tu crois que c'est le moment de m'engueuler?

Nous nous dirigeons vers la pharmacie de garde. Je fais une réaction à l'antibiotique que le dentiste m'a prescrit, m’a dit le docteur.
— Effets secondaires, réaction du système digestif.
Merci j'ai constaté. Puissance mille chez moi. Elle a même dû en chercher un autre qui n'empire pas la situation. On soigne un côté pour rendre l'autre malade... Sans commentaire. J'attends chez le pharmacien, debout, tenant aussi vaillamment que je peux.
— Oh, je me suis trompé. Je vais recommencer.
Et moi, je recommence à faire un malaise. Je vais m'effondrer sur une chaise, renversant les boites d'un présentoir. Il m'apporte gentiment un verre d'eau. C'est le moment de lui montrer la boite sur laquelle je suis assise? Ma mère paie. Elle accepte à contrecœur d'aller chercher une bouteille de coca au night shop situé près de la pharmacie.
— C'est le double du prix en supermarché.
— Je sais, Maman. Mais il n'y en a plus à la maison et ça va m'aider.
— Tu vas décaper ton système digestif avec ça.
— Au point où j'en suis. Autant m'achever au coca.
— Dis pas ça! Bon, tu vas savoir conduire pour le retour ou je dois le faire ? Parce que je n'aime pas...
— Je vais conduire.
Et te faire taire. Ça m'aidera à aller beaucoup mieux.
— Je vais rester avec toi jusqu'à ce que Clément rentre.
— Non, ça ira, merci.
— Mais tu ne peux pas rester toute seule à te vider comme ça !
— Un bon whisky et je vais dormir.
Bon, d'accord, c'est pas drôle, mais c'est tout ce qu'il me reste. Et je n'ai pas envie que ma mère soit là. Elle est très gentille, elle va m'étouffer de soins, me dorloter et me couver. Je n'ai besoin que d'une chose, c'est que ça arrête de gargouiller dans mon ventre. J'ai l'impression d'avoir une famille d'alien dans le ventre. Je veux juste terminer mon litre et demi de coca sans whisky. J'en ai déjà bu la moitié sur la route. Et ça ne fait toujours rien. Non, je n'ai plus de patience. Je n'en peux plus entre cette rage de dents et cette réaction à l'antibiotique, qu'on m'achève. J'ai juste besoin de calme, surtout à l'intérieur de mon ventre, et de dormir. Oui, encore, même si j'ai passé l'après-midi à dormir déjà. Elle me couche, elle m'embrasse sur le front. Je m'attends à ce qu'elle me propose de me raconter une histoire pour m'aider à m'endormir. Je n'attends qu'une chose, qu'elle parte pour ne pas qu'elle voie que j'ai eu une fuite dans mon lit et que mes draps sont à changer. Mon agonie n'est pas finie, mais je ne suis plus à ça près. De toute manière, ça aussi, ça la rend malade.

Merci à René pour son idée de titre
Et merci à tous ceux qui ont été mes bêta lecteurs pour cette histoire.
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